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L’évangélisation de l’Afrique d’aujourd’hui ne doit plus être vue dans un contexte d’isolement. Elle se situe dans la grande problématique de la mondialisation. Or, la mondialisation est la nouvelle manière de voir le monde d’aujourd’hui comme un tout. Alors qu’en son sein existent des réels clivages de point de vue politique, économique, culturel et religieux. Ce même monde a, comme, la colonisation, la traite des noirs, l’esclavage ; il connaît jusqu’à ce jour le racisme, la discrimination raciale, l’exploitation et l’impérialisme culturel des puissances du Nord sur les pays du Tiers-monde. Il se réjouit également comme des aspects positifs comme l’expansion de la Bonne Nouvelle, le développement des techniques, de la science et même les rapports entre les peuples.
La première évangélisation (géographiquement du Nord au Sud) s’inscrit dans ce contexte. Les enjeux économiques, politiques et culturels l’ont emporté sur le message évangélique. Ce dernier s’est avéré un contre courant inefficace et mal assimilé. C’est la raison pour laquelle, le pape Jean Paul II, déclarait à Port-au-Prince en Haïti, à l’occasion de la dix-neuvième Assemblée Générale du CELEM, que : « la commémoration du demi millénaire d’évangélisation trouvera sa pleine signification si elle est un engagement, non pas à une réevangelisation mais bien à une nouvelle évangélisation ; nouvelle en son ardeur, en ses méthodes, et en son expression »[1]. La situation dans laquelle ont été créées les Eglises d’Afrique a été bien différente de celles des Eglises du « nord ». Selon l’histoire, les premiers missionnaires étaient justement ces colons du « nord » venus évangéliser les pays du « sud ». Ils avaient la bonne intention de proclamer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, mais leur message nous est parvenu dans une structure de domination, en soi contraire au contenu de l’Evangile. Ces premiers missionnaires, face aux réalités historiques et socio-politiques de leur temps et surtout en tant qu’occidentaux, avaient une grande collaboration avec les colons, qui ont souvent malmené et maltraité les indigènes et les autochtones en les considérant comme des animaux. D’où l’expression l’ « Evangélisation colonisatrice ». C’est pour cela qu’en Amérique Latine, d’après le témoignage de Chilam Balam, les Mayas ont vu l’Evangile comme un Anti-Evangile. Soucieux de savoir sauvegarder et d’être fidèle à l’Eglise, qui a la mission libératrice des peuples et s’occupe du salut intégral de l’homme, le pape Paul VI, dans son exhortation apostolique « Evangelii Nuntiandi », a magnifiquement décrit ce dynamisme de l’Eglise évangélisée et évangélisatrice. Dans ce contexte, nous pouvons nous rappeler aussi des directives de l’Eglise aux premiers missionnaires en Asie, dans l’instruction de la Sacrée Congrégation de la propagation de la foi, datée de 1659 : « Ne faites aucune tentative, ni ne cherchez aucunement à persuader ces peuples de changer leurs coutumes, leur façon de vivre, leur usages, quand ils ne sont pas manifestement contraires à la religion et à la morale. Il n’y a rien de plus absurde que de vouloir apporter en Chine la France, ou l’Espagne, ou l’Italie, ou quelque autre partie de l’Europe. N’apportez rien de tout cela, mais la foi, une foi qui ne rejette ni n’offense la façon de vivre et les usages d’aucun peuple, quand il ne s’agit pas de choses mauvaises. Au contraire, la foi veut que ces choses soient conservées et protégées »[2]
L’Eglise, soucieuse et fidèle à la mission du Christ, son époux « libérateur », fait par-delà toutes difficultés spatio-temporelles, que l’Evangile soit toujours annoncé comme Bonne Nouvelle, conformément à la volonté du Christ. C’est justement là donc notre préoccupation. Nous nous posons les questions de savoir : qu’est ce que nous devons faire pour bien payer cette dette d’évangélisation ? Vu les difficultés rencontrées par la première évangélisation et partant de son douteux résultat, il nous faut une « nouvelle évangélisation » au lieu d’une réevangelisation. Ensuite, nous cherchons le contenu et la nature de la dite « nouvelle évangélisation » pour l’Afrique où les gens sont tellement pauvres et souffrant dans une misère profonde, victimes d’une injustice de tout genre. Elle doit être vu comme une vie, une rencontre d’amour, « sous le signe du dialogue entre la foi et cultures, dans la perspective de libération intégrale »[3]. Notre monde est actuellement en train de traverser de multiples crises, malgré l’essor prodigieux de la science, la technologie et de la technique. L’Eglise, en tant qu’ «Assemblée de Dieu convoquée au bénéfice de la publication de son dessein et de la construction de son Royaume dans le monde », se voit être dépassée et ne sait plus quoi faire réellement. La situation actuelle, dans laquelle vivent les pauvres, jusqu’ici compris et considérés comme les « premiers destinataires » de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, nous oblige de remettre en question l’impact direct et féconde du christianisme sur la vie des gens et surtout des ces pauvres. Nous, en étant Africains vivant dans les Eglises d’Afrique, voulons contribuer et de donner notre part pour la conversion des cœurs des hommes et la transformation des structures de leur milieu. Nous voulons par cette investigation trouver une façon d’évangéliser afin d’avoir un contenu et forme de vie nouvelle en Afrique. Nous cherchons autant que possible, de trouver une autre nature d’évangélisation qui soit conforme et convenable à notre situation actuelle en Afrique. Par là, nous devons montrer que cette nouvelle évangélisation devra changer la vie de ces immenses foules africaines qui manquent scandaleusement le minimum d’autosuffisance. Dans notre contexte, évangéliser consistera à sauver la vie des pauvres et de lutter contre la pauvreté, et ses vraies causes. Les problèmes politiques, la situation économique auxquelles sont confrontés les chrétiens africains nous remettent en question la crédibilité du christianisme en terre africaine. L’exploitation inhumaine des Eglises de réveil, la pauvreté sur tous les plans , l’insuffisance d’un témoignage solide selon la morale chrétienne face aux maladies comme le SIDA, aux guerres, à l’injustice social, mettent en doute l’efficacité et la crédibilité du christianisme d’aujourd’hui. Apparemment les Eglises sont remplies des ses adeptes, les nombres des Communautés augmentent, mais malheureusement, sur le plan pratique, on constate un Christianisme de nom et presque vide de sens ; il ne libère pas les chrétiens sur tous les plans. Voilà pourquoi, la seconde instruction de la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi affirme avec force, que la libération doit être intégrale, elle présente donc deux dimensions inséparables : la première est la dimension sotériologique et elle fonde la seconde, la dimension socio éthique, comme une tâche et une exigence. Chercher à atteindre ces objectifs, c’est évoquer le problème d’inculturation, en tant qu’accueil de la Bonne Nouvelle dans un contexte socio-politique, économique et culturel propre à un peuple. MAMONJISOA Louis Albert, svd -Madagascar
[1] BOFF L., La nouvelle évangélisation. Perspective des opprimées, Paris, 1992, p.11 [2]Collectanae Sacrae Congregationis de Propaganda Fide, cité par POUPARD Paul (Card.), Evangile et cultures, Kinshasa, 1987, p.8. [3] MALU NYIMI. M., « Nouvelle évangélisation et évangélisation en profondeur. Taches de l’église aujourd’hui », in Congres International de Missiologie « Tertio Millennio », Kinshasa, 2005, p.383. |