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paź
15
2007
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Un document sur Sambatra |
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Ecrit par Zdzisław Grad
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15-10-2007 |
Un document sur le Sambatra.
Ecrit en langage simple et sans prétentions, avec des répétitions volontaires afin que tout soit clair. Le texte malagasy est écrit par notre peuple et surtout pour nos jeunes. Les valeurs ancestrales doivent être connues, estimées par tous et conservées pour les générations futures.
On serait tenté de faire du Sambatra une simple fête folklorique. Bien au contraire, en créant la liturgie du Sambatra, les ancêtres fondateurs avaient clairement l’intention de transmettre à leurs descendants, l’essentiel de leur sagesse culturelle. Ce point de vue n’intéresse pas seulement tous les Zafiraminia ou Antambahoaka mais également tous les Malagasy ainsi que les touristes et les chercheurs étrangers.
Le Sambatra ne représente pas seulement la circoncision ! C’est surtout un rite d’initiation. Les jeunes Antambahoaka ne seront Zafiraminia si non après avoir vécu l’histoire des ancêtres. Cela veut dire essentiellement : l’exode.
De Médine en Arabie à la terre promis avec les souffrances, les combats les actes de courage que nécessitait un long voyage, sur mer et sur terre. Tous les Malagasy se reconnaissent par les trois valeurs traditionnelles :
- Fihavanana : la solidarité en famille
- Aina : la lutte pour la vie (Ho Sambatra)
- Hery : la force d’âme (Ny fanahy no olona) .
C’est pour cela qu’on n’exalte pas la force brutale et aveugle mais la force au service de la Grande famille. Ce message intéressera les citoyens de la IIIe République. Les étrangers ont écrit des choses sur nous, alors n’avons-nous pas le droit de raconter nous-mêmes ? Le SORABE (document en caractères arabes) que connaît la famille de Vincent Ndrebaka nous permet de le faire. Nos sources sont sûres. Je ne ferai qu’apporter des explications : d’ordre historique, biblique, anthropologique.
Le Sambatra : un rituel Antambahoaka
Le nom Zafiraminia est connu des auteurs d’antan : comme Flacourt au XVIIe siècle (colonisateur et écrivain français né à Orléans. Il fut envoyé à Madagascar en 1648 et à écrit une « Histoire de la grande île de Madagascar) Ce nom est souvent entendu au cours des festivités du Sambatra ; ce simple constat démontre que le Sambatra consiste en la manière de revivre l’histoire des ancêtres fondateurs.
En dehors du Sambatra la tribu est connue avec le nom Tambahoaka Antambahoaka. La raison est simple : un roi Zafiraminia, appelé Rabevahoaka régnait à Mahasora. Il était très populaire : à sa mort et selon la coutume de l’époque, ils ne l’appelèrent plus par son vrai nom mais avec un surnom qui exprimait sa personnalité : Tiambahoaka, « aimé par son peuple » il devint Ratiambahoaka et toute sa descendance Tiambahoaka en malgache officiel ; Tambahoaka en dialecte et Antambahoala sur le plan national (descendants du roi Ratiambahoaka).
1-RAMINIA
Certains auteurs occidentaux connaissaient cet usage antique de modifier le nom du roi et ils se sont demandés si le nom Raminia était malagasy. La tradition antambahoaka confirma leur intuition. Raminia est sûrement malagasy. « Minia » c’est vouloir à tout prix et « Raminia » c’est « celui dont rien ne l’arrête lorsqu’il s’agit d’atteindre ses objectifs, le tenace ». Du point de vue historique, on connaît l’existence des princes arabes polythéistes, fiers de leur liberté, qui n’acceptent pas la restriction du monothéisme prêché par Mahomet et encore moins sa théocratie. Raminia était un des leurs, selon le Sorabe.
En rentrant à Médina après son pèlerinage, il vit toute le ville soumise au prophète Mahomet. Il voulait absolument repartir et conduire son peuple le plus loin possible. Le prophète s’efforce de le retenir par son amabilité : « Pourquoi veux tu aller si loin, a Mahory ? (nom malagasy de Mahor, actuellement Mayotte : Là bas vous allez souffrir de fièvre, des cyclones, des serpents de mer » (fanano). Mais rien n’arrête Raminia, le tenace : il part avec les siens. C’est la raison pour laquelle les Zafiraminia ne sont pas des musulmans même s’ils sont de descendance arabe de VII siècle (Egira 622, Médina 630).
2-LES ETAPES
Nous n’allons pas entrer dans le sujet auquel se sont livrés les autres auteurs sur d’autres dates ou d’autres itinéraires de ces arabes émigrés. Indonésie, corne de l’ Afrique etc… Nous allons mentionner tout simplement ce que nos sources nous indiquent : Raminia et les siens arrivent à Mahor (Mayotte) ; Ils quittent Mahor pour Eharana (Vohémar) où ils ont séjourné pendant 3 ans.
Ils descendent ensuite vers le sud pour habiter Ambinana Ivondro pendant 4 ans.Ils viennent encore habité au sud d’Ambinan Sakaleona : Analaminofy. Ils se rendent à Vohibola Ambohitsara. Puis s’installent à Mananjara, l’actuel Mananjary. Une partie dissidente part pour Anosy et Tolagnaro. Quelques familles s’installent au centre du pays : Tanala, Betsileo etc…
3. SAMBATRA :
Sabbat (Sambatra signifie « heureux », « Comblé de joie » « chanceux ». La langue nationale tend à malgachiser les mots étrangers, pour ne parler que des mots d’origine arabe. Citons quelques exemples : Katibo (ktb) mosalahy (Imch Allah), soratra, salama, alatsinainy etc…
Le mot SAMBATRA en fait partie : c’est le Sabbat (hbreu –arabe) qui a été malgachisé (accent sur « Sa ») Les Antambahoaka disent Sambatra d’autres tribus disent « Savatsa » :
Le nom du 7e jour de la semaine est « sabotsy » mais « sabbat » signifie repos après 6 jours de travail. Déjà apparaissent des idées de fortune, paix réconciliation…
Tout renaît : l’homme, le bétail, la nature … dès que le nombre 7 apparaît. Mais cela devient plus clair lorsqu’il ne s’agit plus de ours mais d’années. Pour cette raison les années se divisent en sept, comme la semaine : année du lundi, du mardi, de vendredi (en malagasy Taon-joma). L’année du vendredi (année Antambahoaka) commence en avril.
Ainsi le Lévitique ordonne : « Pendant six ans tu sèmeras ton champ, pendant six ans tu couperas ta vigne et récoltera ses fruits. Mais la septième année la terre aura son repos sabbatique, le Samedi appartient à Yaveh » (Lev 25,4). L’année du jubilé pourvoit au Sambatra ses principaux éléments. C’est tout le chapitre 25 du Lévitique qu’il faut lire :
Arrivée dans la nouvelle partie : la terre promise (notre terre désirée). « Lorsque vous entrerez au pays que je vous donne, la terre ne travaillera pas un sabbat pour Yaveh » (Lev 25,2) Découvrir son patrimoine son clan, à 49 ans (7x7) : « Chacun de vous aura de nouveau son patrimoine, chacun de vous entrera de nouveau dans son propre clan » (Lev, 25-10).
Reconstruire la solidarité familiale :« Vous proclamerez la libération de tous les habitants du pays » (V,9)« Si tu vends ou achètes à ton compatriote, rien ne nuit à son frère » (V,14).
Le Sambatra antambahoaka a lieu tous les 7 ans, de taon-joma (l’année de Vendredi). Il rappelle le voyage des ancêtres de Medina jusqu’à l’est du fleuve Mananjary. La circoncision proprement dite se fera uniquement au déclin du Vendredi, c'est-à-dire aux premières heures du Samedi : c’est le Sabbat (Sambatra). Le fihavanana (solidarité familiale e du clan) est de rigueur.
4- LES SEMITES
Par ces éléments les antambahoaka s’inspirent à la Bible : exode, arche de Noé avec les couleurs de l’arc-en-ciel (fary soratra, avana), les deux oiseaux. Les adeptes de la tradition ancestrale s’insurgent contre une telle assertion : les Zafiraminia ont toujours su qu’ils sont des descendants arabes, venant de la Mecque (Emaka), partis de Médina du temps du Prophète Mahomet pour les raisons précitées et car l’ancêtre fondateur ne voulait pas ennuyer (déranger) Mahomet qu’il respectait comme un homme du commun.
Ils connaissaient le Pentateuque (les 5 livres de Moïse), uniquement parce qu’ils étaient des Sémites, descendants Sem (fils de Noé) au même titre que les Juifs et les Syriens. Mahomet même, ainsi que les Musulmans, sans être juif connaissait et respectait Ibrahim (Abraham) Jésus et la Bible. Signalons au passage qu’avant l’Islam, les Arabes connaissaient Allah, ainsi que nos ancêtres, mais ils ne l’adoraient pas ; à sa place ils préféraient les idoles, la magie (hazary), la Skhl (sidiky), l’astrologie.
Ils connaissaient la Bible et pratiquaient la circoncision, les Ancêtres qui voulaient accomplir des rites d’initiation (ou de renouveau) n’avaient qu’à prendre tout ce dont ils avaient besoin de leur propre histoire ; ainsi fût créé le SAMBATRA.
5- RITE D’INITIATION OU DE RENOUVEAU ?
L’expression équivalente en malgache c’est « madrangitra zazalahy », littéralement « affûter les garçons » pour la réputation des hommes :Lahy ! … Lahy !
Donc on met tout en œuvre pour en faire des hommes dignes de leurs ancêtres, selon les authentiques Zafiramania.
Pour devenir un Zafiramania il faut :
§ Etre une chose seule avec les ancêtres fondateurs et vivre leur histoire - Etre une chose seule avec son propre clan et son propre ethnie : c'est-à-dire passer du clan naturel à celui du paternel (rite d’intégration)
§ Faire tout son possible pour la vie de sa propre famille et lui porter bonheur (Sambatra)
§ Etre forts (lilahy mahery), tenaces et guerriers comme les Ancêtres pour assurer l’avenir de la race : solidarité, audace, courage…
L’exode de Raminia sera représenté d’une manière symbolique:
§ le bateau de Raminia sera la demeure (maison) du Roi (tranobe). Elle sera en même temps l’arche de Noé : mât, statuettes des oiseaux…
§ Les combats seront évoqués : simulacre de guerre –
§ la longue marche du vendredi vers l’estuaire rappelle l’exode.
Tout cela apportera la tranquillité pour la circoncision : le petit garçon (le garçon) n’aura pas peur des blessures (plaies) tsy mataho-pery, tsy maharegny ratra) Donc il doit être comme Raminia, prêt à se sacrifier pour la grande famille. Tout le peuple participe à ces rites. Les hommes se divisent en 2 groupes : les pères des garçons (lahy anaka) représentent le clan paternel, les oncles maternels (jaman’olona), aides par leurs alliés (mpanampy soa) représentent le clan maternel et ils s’opposent au combat de clan, car ils veulent garder les garçons. De vrais combats éclatent parmi eux.
Ces combats ont comme objectif de forcer les beaux-frères à se montrer courageux, pour être dignes de leurs épouses et de leurs fils.
Les femmes prient (mirary) le matin et le soir au tour du tranobe. Elles ne s’adressent ni à Dieu ni aux ancêtres. Elles souhaitent tout simplement bonne chance pour le clan et pour le Sambatra. Elles optent pour leurs maris et leurs fils, comme les femmes de Médine qui voulaient à tout prix partir avec Raminia et ses compagnons. Les garçons participent à la longue marche du vendredi. À la fin et à mesure qu’ils verront Sambatra ils en comprendront le sens.
En plus, c’est le devoir des familles de leur transmettre les traditions. Pour que ces progénitures soient « dignes d’avoir été circoncis sur une tête de taureau » (nosambarina ambony lohan’omby).
6- OBJECTIFS du SAMBATRA
Il est évident que la circoncision n’est pas le seul objectif du Sambatra.S’il ne s’intègre pas dans son ethnie, il n’a pas de raison d’être, conscient de sa propre identité, de son histoire et de ses valeurs ancestrales.
§ Les Antanambahoaka sont redevenus Zafimania
§ la solidarité familiale, rongée par les années, a été reconstruite.
§ La volonté de vivre se traduit par les efforts collectifs en vue du bien commun pour être à tout prix : Sambatra être heureux, bienheureux.Tous les immigrés installés ne risquent pas de s’apaiser dans la médiocrité ?
§ -Alors le courage de la totalité et de chacun se réveille : manao vy very ny aina (être prêts à se sacrifier par la grande famille)
§ Que tous les hommes soient forts (mahery) pour être combatifs.
§ Dans ce contexte, les garçons de l’ethnie doivent eux aussi être forts. Le chant exprime, textuellement : harahara, tsy zanakazo a ro, dilony aby (les hommes sont comme des arbustes harahara, quand ’ils sont jeunes ils sont très durs)
7- ATMOSPHERE DE GUERRE
Quand on parle de combativité et de sacrifice de la vie, ce n’est pas exagéré. Tout le Sambatra se poursuit dans une atmosphère de guerre :
§ Il y aura des soldats : les pères et les oncles maternels des garçons,
§ il y aura une armée : tout le clan an marche (tafika) le vendredi,
§ il y aura un général pour chaque clan : le loharangitra
LES 3 PREMIERS SEMAINES
1- 24 octobre 1993
Avant la colonisation fraise, nous avons célébré le Sambatra pendant 3 mois. De nos jours, on le célèbre pendant un mois. Le rituel n’a pas changé car tout est conservé dans le Sorabe, notre principale source (ce document est écrit en caractères Arabes
Réconciliation :
Chaque famille retrouvera sa propre unité renforcée. Les époux séparés doivent se pardonner et vivre ensemble à nouveau. Pour le pardon mutuel et la bénédiction, ils devront éliminer toutes les incompréhensions, tous les rancoeurs, sous peine de porter malchance au petit garçon à circoncire. Pour la même raison il est obligatoire d’être accompagnés.
Et le dernier Vendredi, un petit garçon et une petite fille seront désignés pour vérifier si le déroulement du rituel est correct. Ils seront appelés mpifady, les observateurs.Tout sera prêt pour la grande Bénédiction dite : fangatsiatsiahana (réception) à laquelle participeront tous les Ampanjaka (chef de clan) et tout le peuple Zafiramania de Mananjary et ces alentours. Ainsi réconcilié le peuple pourra procéder à la célébration du Sambatra
Réveilles-toi, grand Roi .
Le Vendredi 1èr octobre 1993, à 5 heures du matin le Sambatra commence. Le son du cor royal (antsiva) résonne et le chant des femmes s’élève : « foha anao Andriambe » (réveilles-toi grand Roi).Les femmes commencent le « mirary », les chants et les danses autour du Tranobe. Ce sera comme ça tous les matins à 5 heures et tous les soirs à 17 heures. Le jeudi, jour néfaste, est un jour férié, jusqu’au déclin du soleil. Le rituel est rigoureux : chaque chanson appartient à un moment précis. Pour commencer le mirary du matin il est seulement permis : « foha anao Andriambe » (réveilles-toi grand Roi).
L’itinéraire de mirary sauf, exception suit celui du soleil en cette saison Est, ouest, nord sud. Puisque le soleil fait revivre le monde entier ; c’est une bénédiction pour le monde, comme le mirary.Les hommes, quand à eux, discutent de la préparation du tranobe et du déroulement future du Sambatra. Les parents et amis venant de loin commenceront à arriver : des autres régions, de l’Afrique et d’Europe …
Les blessures dues au simulacre de guerre n’auront droit à la plainte.
On ne versera pas de larmes pour les défunts, quel que soit la raison de leur décès et quel que soit leur rang social : roi, notable.
Ils seront enterrés discrètement et le plus tôt possible. Les veillées mortuaires ne se feront qu’après le Sambatra, après la guerre.
L’exode des ancêtres était sûrement une succession de bataille : ce n’est pas uniquement une question du passé mais également du présent et d’u futur. Car la vie m^me est un combat quotidien : ady ny fiainana. C’en est l’expérience de tout le monde. Un poète Français disait : « ceux qui vivent sont ceux qui luttent ». Les ancêtres fondateurs sont tenus de nous rappeler cette rude vérité. Le souvenir de Raminia domine tout les Sambatra.
Dates et lieux :
A Mananjary et à Ankatafana, a eu toujours lieu au mois d’Octobre : volambita il fait ni trop chaud ni trop froid. En cette saison, l’eau de fleuve est appropriée. Les garçons circoncis s’y baigneront le plaies guériront vite. De nos jours presque tous les petits garçons ont été déjà circoncis par un médecin. On tolère cette nouvelle coutume mais les parents « progressistes » sont pénalisés d’une manière symbolique. Pour valider le rite d’initiation, les petits garçons sont soumis à tous les rites du Sambatra. On fera semblant de couper. C’est le sens de l’expression : « amagnana ».
Ailleurs, le Sambatra aura le plus tard : jusqu’à mois de novembre. Et cela afin de permettre aux parents et amis d’y participer, en guise de solidarité familiale. Le caractère essentiel du Sambatra est commun à tous les Zafiraminia. Les différences sont moindres. Aucun sacrifice n’est permis au début : ni Dieu ni les Ancêtres sont invoqués officiellement, en guise de fidélité aux Ancêtres Arabes qui étaient allergiques à toutes commissions.
Le Sambatra commence toujours le Vendredi, car Raminia quitta Médine un vendredi du mois d’Asombola, le mois le plus favorable aux migrations. Le Vendredi est un jour propice pour les Antambahoaka : c’est le jour des Rois, qui anticipe le jour suivant, le Sabbat.
Voilà donc ce qu’il faut savoir sur le Sambatra. Il ne nous reste que de décrire comment tout cela se concrétisé :
La grande semaine :
25-30 octobre
Certains Antambahoaka appellent cette grande semaine la « semaine sainte » de la même façon que la liturgie catholique. Cela souligne son importance. Le Sambatra atteint son point culminant et montre toute sa signification. Voici le déroulement : Lundi 25 Octobre : Le matin, les femmes vont chercher dans un lieu sacré (tsiatoro) les joncs rambo. Elles reviennent vers … 11 heures accueillies par d’autres femmes qui chantent : « Iry manerinerina iry va tsy ireo va ? …. Reo my’ (ne serait ce pas eux ce groupement là bas ? … Si, ce sont eux) En amenant les joncs, les femmes font 3 fois le tour du tranobe. Deux fois signifie : bénédiction, trois fois signifie : nous vivons trois fois et ainsi pour l’éternité. Six signifie : nous sommes comblés de sainteté et de vie. Nous allons retrouver ces chiffres au cours du Sambatra.
Mardi 26 Octobre
: Le matin, les femmes font sécher les joncs rambo et les hommes vont chercher en forêt : - Le ramiavona et l’anivona - Le fary soratra - Le fatakan-dahy
Après de longues journées de voyage en mer, les Mofia (rameurs) sont fatigués. La révolte incombe, car la terre semble encore lointaine. Alors , le Roi envoie un oiseau qui reviendra très vite : il y a pas de terre en vue. Peu après, il en laisse aller un autre : il revient avec un petit rameau dans son bec. Ce fût le salut. La voie et la paix furent retrouvées. Le ramiavona c’est l’arbre auquel appartient ce petit rameau. Il est peut être très haut (miavona) : voilà pourquoi il surgissait des eaux. Les Zafiramania en ont fait l’Arbre de la Vie, gardé par une sentinelle sur le côte nord de la demeure royale. Les soldats ont l’ordre d’attaquer et de tuer tous ceux qui oseront toucher l’Arbre de la Vie.
Le bateau de Raminia rappelle aux sémites l’arche de leur grand ancêtre Noé avec les deux oiseaux et le petit rameau. L’arc en ciel y sera également : il donnera ses couleurs au fary – soratra,. Ayant refusé toutes les religions, ils se confiaient aux sortilèges : en particulier, à ceux qui pouvaient les aider à .remporter les guerres. Le fatakan-dahy rappelle ces croyances. Ils sont les guerriers invincibles « tsy voasakan-dahy », tandis que les soldats de l’armée d’en face devient une pluie de joncs fatakan-dahy grâce au sortilège. Cela rappelle le 1947, quand nous pensons que les balles de canon pouvaient devenir de l’eau : rano ! rano !... Vers midi ceux qui sont partis chercher le ramiavona fut un retour triomphal, c’est l’un des plus beaux spectacles du Sambatra. La foule est en fête chante avec allégresse : « Lilahinay é, mahery’ e » (nos hommes sont forts) Ils font 3 fois le tour du tranobe. Le cor résonne, ainsi que les tambours de guerre (hazolahy).
Ensuite, la grande cruche : mozinga qui contiendra l’eau pour le voyage, sera immergée dans le fleuve. Dans l’après midi, on assistera aux danses des rambo. Les femmes font danser les joncs rambo qu’elles vont tresser le lendemain pour en faire des nattes. C’est la joie : ms préparatifs touchent à leur fin. Bientôt, le bateau de Raminia pourra partir.
Mercredi 27 octobre :
Le matin, les femmes tressent les joncs : futures nattes du bateaux (tranobe). Elles tressent également des joncs harefo : futurs sacs des voyageurs. Ils serviront à transporter les semences plus importantes : riz de la forêt, voamaho (sésame, un genre de graminée très fin).Ces semences seront plantées une fois qu’on arrive à la terre promise. Les hommes façonnent trois objet en bois : le futur mât du bateau et les deux statuettes d’oiseaux. Car seulement deux reviendront. Le troisième, envoyé au dernier moment ne rentre pas : il aura touché la terre ferme.
Vers 11.30, dehors, les hommes posent leurs œuvres en bas sur le toit du tranobe. A l’intérieur , on coupera la tête de la calebasse « courge à flasque des Mille ». Tout est fini à midi. Ensuite il y aura la danse guerrière du Roi,vêtu de rouge, armé d’une sagaie.
Il représente l’ancêtre fondateur, heureux de pouvoir partir car le bateau est prêt. Le spectacle est grandiose, avec des cris, des chants, le son du cor royal et les tambours de guerre (hazolahy). Voatavo arivolahy, littéralement la courge à flasque des Mille va contenir l’eau brillante appelée : Rano.
L’eau symbolise la vie mais ce n’est pas une eau quelconque. C’est l’eau de l’estuaire du fleuve Mananjary, là où abordèrent les ancêtres. Elle symbolise donc la vie même des Ancêtres. Elle doit être protégée par tous, par les mille guerriers.
Ranomasia, Ranomahanoro-Masina :
signifie l’eau des Ancêtres, c’est donc une eau bénite ou sacrée, en rapport à la sainteté des Ancêntres.
Noro signifie joie, bonne chance, sainteté, l’eau des ancêtres est donc une eau sacrée, un genre de porte bonheur : Ranomasina Ranomahanoro
: - Ranomierina, mierina ou miverina : signifie revenir.
Les tourbillons de l’eau semblent en effet aller et venir. C’est l’histoire de l’Ancêtre Raminia : il ne mourut pas à Madagascar, il rentra à la Mecque. Tous les Zafiraminia n’orientent donc vers le nord (mianavaradoha).
Ranotsidikaimborona signifie : pure. Aucun oiseau ne l’a souillée car elle a été prise à minuit. La courge à flasque des Mille contient donc une eau riche de signification. Seul un tsara anarana peut la puiser en s’immergeant trois fois dans le fleuve avec la calebasse sur la tête. Seul un tsara anarana peut la porter, dûment gardé et protégé par un cordon de soldats. Ceci car l’eau représente la vie des générations.
Au début de l’après-midi, des hommes vont en forêt pour chercher des lakatra (feuilles de palmier) : ce sont les oncles et leurs alliés. Les feuilles lakatra seront tressées pour faire un fandambanana : une natte où sera placé le repas. Les femmes les attendront en chantant « Vous, dont les maris sont partis, voici le son du cor : écoutez bien… » Une grande bataille a lieu entre les oncles qui sont de retour et les pères des garçons. Les oncles représentent les ennemis venus de la forêt, armés de longoza. Pour accroître la terreur, ils portent des masques (terre blanche sur le visage). Les pères des garçons doivent les affronter sans armes, frappés par les longoza .Les femmes chantent et s’enfuient ; Varatra i lehilahy … Les hommes, tel un tonnerre : Mahery ny anay, « les nôtres sont plus forts »’ L’antsiva et les tambours de guerre excitent les combattants.
Vers 17 heures un autre grand spectacle a lieu : il y a la levée du mozinga (cruche contenant de l’eau à boire sur le bateau) L’atmosphère est gaie. Le Roi, vêtu de rouge ouvre le cortège, suivi par les porteurs de mozinga. Les femmes suivent, avec leurs chants et leurs danses. Les oncles, debout devant le tranobe forment un rempart (vala). Ils vont s’attaquer à ceux qui feront entrer le mozinga dans le bateau (tranobe). En s’adressant à leurs maris, les femmes chantent : « Détruisez ce rempart. Les pierres ?: ce sont des œufs. Les épines ? : ce sont les feuilles de patate douce », ce qui veut dire : soyez forts : rétablissez l’ordre des choses, faites en sorte que le bateau parte. De la volonté ? A chacun de choisir. Il y a « minia » (volonté de vaincre à tout prix).
Contre la fameux proverbe : « ny atody tsy miady amim-bato », l’œuf (l’homme) ne peut pas heurté contre la pièrre (quelque chose de plus fort que lui). Pis encore la seule fois qu’on mentionne Dieu c’est pour dite en chantant : « Dieu sur la terre, c’est comme ça les hommes unis, comme une armée ». (Zanahary ambony tany ny tafika). L’Ancêtre fondateur Raminia pensait ainsi.
Le rempart est détruit. Le mozinga est posé contre le pilier du foyer. On versera à la place de l’eau, du betsabetsa : rhum de canne à sucre. Comme pour le ramiavona, les sentinelles du lahianaka assumeront la garde du mozinga afin quelles ennemis n’y versent pas du poison. - Jeudi 28 Octobre. Aucune fête n’a lien pendant le jour .Le soir on va chercher le zébu offert par le loharangitra. Général de tout le clan, il commande tous les tranobe des le commencement du Sambatra, le loharangitra doit offrir un taureau à son clan. Les activités commencent à minuit : quelques hommes choisis vont discrètement chercher l’eau brillante à l’estuaire : l’eau sacrée qu’aucun oiseau n’a souillée.
Au retour,le cortège s’amplifie,. Les tsaratanana entourés d’un cordon de soldat, portèrent sur la tête le récipient contenant l’eau brillante. Ils ne doivent jamais tourner la tête, ni poser le récipient sacré au sol. Les différents tranobe se succèdent. La nuit résonne de l’unique chant qui est permis : « Rano ireo mandry eto ? Ranomasina Ranomahanoro » (c’est quoi cette eau qui crient de passer la nuit chez nous ? c’est l’eau sacrée l’eau qui porte bonheur). Près du tranobe, la foule est en extase. On chante et on danse pour accueillir l’eau, symbole de la vie qui provient des ancêtres. « Ravian’aviavy tsara ny any, tsara ny ihaviana ». (Feuille de aviavy (sycomore) : bienvenue à toi qui vient bonne santé pour nous d’où tu viens. ». Les oncles font une embuscade pour empêcher les porteurs d’eau de pénétrer dans le tranobe.
Les villages antambahoaka sont construits près d’un fleuve. Le premier village des mêmes ancêtres, Masindrano, était situé à proximité du fleuve Mananjary. Pour cette raison, les Rois sont appelés : Andrianony (les princes du fleuve), un nom qu’on chante encore pendant le Sambatra, L’eau des différents villages provient toujours du fleuve Mananjary. Toutes les cérémonies du Sambatra sont donc valables dans ces villages.
Vers trois heures du matin, le chant de l’exode s’élève de différents lieux, le seul qu’on pourra chanter pour toute la journée : « Eio ! Eo m o lilahy é ! Eo o’’ au quel ou peut attribuer cette signification : « Au revoir, nous partons vive les hommes » Les jeunes, les oncles et leurs alliés- partent en forêt pour chercher les volohatra. Le volohatra est une tige de bambou qui servira de calice à boire aux passagers du bateau. Volohatra, littéralement : bambou symbole. Car seulement les tiges qui seront coupées d’un seul coup pourront être transportées avec le souhait : E tso o ! … comme ceux qui sont circoncis.
De très bonne heure, le taureau du loharangitra vient d’être présenté et on le fait fané trois le tour du tranobe. Ensuite il va être tué et coupé en morceaux : les voyageurs auront besoin de ces provisions pour le voyage.
Vendredi 29 octobre
Le matin : les parties longues du taureaux viennent d’être prélevées et ensuite coupées, et les morceaux distribués à chaque famille pour les enfants « respectueux des règles » (mpifady) . Ces morceaux, conservés dans les nattes de « lakatra » seront portés à ces enfants. A huit heures, les femmes se mettront à tresser les joncs pour en faire de sacs destinés aux voyageurs. Des hommes, les tsara anarana , prépareront des petites cordes : des barbes de maïs protègeront les provisions.
Vers 11 heures c’est le retour des chercheurs de volohatra. Un dernier grand combat se déroule sur la plage, entre les ennemis qui tenteront d’attaquer le tranobe et les pères devront protéger ce bateau en partance. Le combat s’achève et les chercheurs de volohatra vaincus, font six fois le tour de tranobe et y pénètrent pour déposer les volohatra, il est portant de rappeler que les combattant blessés n’ont pas le droit de se plaindre auprès de quelqu’un. C’est la guerre ! Lorsque les combats deviennent trop violents, le roi sort pour séparer les adversaires qui devront l’obéir. Tout les soldats qui rentrent dans le tranobe, quelque soit la raison, devront être laissés en paix.
A midi il y a le Magnenatra (l’exode), Rite d’intégration, on fait entrer les enfants (les petits garçons) à circoncire dans le tranobe : entrer par la porte ouest et sortir par la porte Est. Un tsara anarana applique de la terre blanche sur le front et les oreilles de chaque petit garçon. C’est ainsi qu’il sera définitivement reconnu par le clan comme un de ses enfants. Descendants des rois, les petits garçons portent un vêtement et un chapeau rouges, avec des bandes blanches : couleurs royales et de l’ethnie. Ainsi, ils deviennent des descendants des grands Rois Fondateurs. Ils son Zafiramania…De leur génération, il y aura des Ampanjaka.
LA GRANDES PROCESSION
Rejoignant (atteignant), les autres clans de Mananjary, tout le monde se dirige vers la plage et forme un long cortège. Les fils ainés du clan ouvrent la marche. Dernière le cortège, souhaitant bonne chance et bon voyage, le Roi donne une bénédiction unique, faite avec l’eau brillante versée dans une assiette. Ensuite le Roi rejoint le tranobe et là il attend son clan.
L’exode : le Magnenatra se met en action et avance le long de la plage, en direction de l’estuaire. La foule est disposée telle une armée au combat.
v Aucune personne étrangère à l’ethnie ne peut y participer
v Les participants ne portent ni chaussures ni sandales ;
v Hommes et femmes mettent les costumes du Sambatra ;
v Les petits garçons à circoncire doivent faire partie de la procession, portés sur les épaules des parents ; ils participent aussi aux souffrances des ancêtres fondateurs.
Déroulement : çà et là les mpifady portent des volohatra contenant du betsabetsa pour les combattants. Le Général –Loharangitra se reconnaît par son long bâton de commandant. D’un bout à l’autre de ce long cortège s’élève le chant de l’exode : ‘’Eo !...Eo !...o Lilahy e ! Eo o …’’ ; impressionnant par la simplicité et sens profond de son message. Au commandement du loharangitra, l’armée s’accroupit : mandry ny tafika mandry (détends-toi armée, détends toi) et on se relève : foha tafika foha (lèves-toi armée lèves- toi) Pour continuer le voyage (Au revoir, nous partons.
Vives les hommes) jusqu’à l’estuaire, témoins de l’arrivée des lointains Ancêtres. On immerge les pieds dans l’eau de l’estuaire … à leur tour les descendants sont arrivés à Ambinanin’i Mananjary (à l’estuaire du fleuve du Mananjary). Pour marquer cet événement qui se prépare depuis un mois, on immerge les pieds dans l’eau de l’estuaire. Le Général bénit alors la foule avec cette eau. Tout le monde rie : Lahy ! Lahy ! Lahy !
La joie est à son comble, c’est le bonheur : Sambatra. C’est comme disait l’ancêtre : izao aho vao manana ny anjarako, Manana zara : Mananjary, qui signifie aussi bonheur, mais qu’est surtout le nom de fleuve. Plus tard, tout le monde rentre à la maison (‘miherina), en suivant un autre parcours par rapport à celui de l’exode.
LA CIRCONCISON
Dans ce contexte, la circoncision qui à lieu le vendredi au terme d’une grande procession vers 18 heures (c'est-à-dire au déclin du vendredi, commencement du sabbat) assume ces significations :
v Que la nouvelle génération continue l’histoire
v Qu’elle mette en œuvre ce qu’elle voit.
v Qu’à leur tour, les garçons seront forts et courageux comme leur . l‘’rango zaza, rango zaza rangoina é tsy maharegny ratra (je te chante, je te chante oh mon fils, ainsi tu n’auras pas peur des plaies). Ceci est l’unique chanson des mamans qui offrent leur fils circoncire sur la tête de taureau (ombilahy) du loharangitra, L’homme est conscient de son devoir envers la société, comme le taureau envers le troupeau. On gardera le mozinga pendant une semaine et on y versera le betsabetsa enfin que les retardataires venus de loin, puisse encore circoncire leurs fils. Enfin, le Samedi suivant, chaque famille célébrera la réussite du Sambatra. Les pères oublieront leurs soucis financiers et ils offriront à boire aux parents et amis et recevront le roi qui viendra visiter chacun de nouveaux membres de sa grande famille.
L’ethnie est renouvelée l’identité propre redécouverte et les valeurs ancestrales retrouvées.v Fihavanana : solidarité familiale, à entretenir à tout prisv Aina : désir de vie qui deviendra « manie de vivre » v Fanahy no olona : évoquant force et sacrifice pour faire face de devoir.
Ces sont le message du Sambatra Antembahoaka.Ces deux longues descriptions de la cérémonie de Sambatra, même si elles se trouvent à une distance de plus de 50 ans, démontrent combien le rituel est resté presque inaltérable. Les craintes exprimées aux termes de l’article d’Alexander Rajaonah s’avèrent sans fondement. Un témoignage ultérieur de la stabilité de ce rituel réside dans l’œuvre de Robert Razafitsaroana , publiée par « Anthropos » en 1927 , c’est le plus ancien témoignage à notre disposition . Mais elle confirme aussi, dans chacune de ses parties , les descriptions de Rajaonah et de Tabao.
Si les descriptions sont identiques, il nous paraît intéressant de noter combien l’interprétation du rite de la part de Razafitsaroana met en exergue l’atmosphère de « guerre » qu’on respire au cours du Sambatra quand on se réfère aux événements du temps de Noé , comme il l’à fait aussi bien Tabao Xavier. Nous pensons que la stabilité au moins du cours de ce siècle du Sambatra antambahoaka puisse .trouver une raison dans l’existence du livre « sacré » appelé Sorabe. Ce texte écrit en caractères arabes , rassemble les règles et les modalités d’exécution du rituel de circoncision. Au cours de notre séjour à Mananjary, nous eu l’occasion de faire connaissance avec l’un des gardiens de ces textes sacrés.
Visent Ndrebaka (que Xavier Tabao nous a fait rencontrer) en dehors de son statut de jeune étudiant universitaire fait partie de ces gardiens ou Katibo. C’est à lui est à quelques uns de ses « collègues » de lire ces caractères arabes et veiller à l’orthodoxie du rite. La présence d’un texte écrit, le mystère qu’accompagne l’aspect indéchiffrable de ce texte, le nombre réduit d’interprètes qui pense être tuteurs de quelque chose de vraiment importante ont évidemment influé sur la conservation des modalités du rite. D’autre part, comme il affirme Remotti.
« [Chaque société] cerne ses propres symboles, on du moins ce qui lui tient le plus à cœur d’une auréole de mystère, en les transformant en simples symboles qui peuvent être ou pas être partagés, et donc exposés à toutes les vicissitudes sociales, en réalité ou supposés intouchables en quelque sorte ».
Traduction par Pere Jacques Zdzislaw Grad,SVD-Madagascar
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